Hui : converger confluer vers le centre
Hui : confluer, converger vers le centre

La méditation


Le travail postural est une méditation debout. C'est donc un travail méditatif qui vise à apprivoiser et comprendre les mécanismes de l'esprit. 

J'ai sélectionné des textes expliquant "la méditation du calme mental" selon les enseignements bouddhistes, car je pense que c'est la juste attitude à comprendre et travailler, afin de profiter des bienfaits du travail postural et de pouvoir pénétrer petit à petit dans le ressenti interne d'où viennent les mouvements de Qi Gong et d'Arts martiaux. 

Que nous soyons conscients ou non, l'esprit est constamment parcouru par des phénomènes mentaux. 
Même quand nous croyons être concentrés, l'esprit est constamment distrait. Il saute d'un phénomène mental à un autre, en état de perpétuelle distraction. Le travail du calme mental permet à l'esprit de s'établir dans un calme naturel, non forcé ni contraint, sans tension.

Avant de se lancer dans les grandes méditations et les grandes considérations, nous devons calmer l'esprit de sorte que les phénomènes mentaux se pacifient. 
Voici un exemple destiné à illustrer le processus. Considérons la surface d'une pièce d'eau. Tant qu'elle reste agitée par le vent ou d'autres facteurs, nous voyons sa surface miroiter, d'où notre incapacité d’obtenir une image cohérente. Par contre, si nous permettons à l'eau de retrouver son état d'immobilité naturelle, tous les phénomènes tels que le ciel, les nuages, les arbres, etc., se reflètent avec une parfaite clarté sur sa surface. Il en va de même pour l'esprit : tant qu'il est agité par des émotions et des phénomènes mentaux, nous ne pouvons rien contempler d'autre que l'agitation de surface. Mais si nous laissons l'esprit retrouver son calme, nous nous apercevons qu'il est possible d'y percevoir son mode d'être fondamental. Le problème du débutant est d'avoir un esprit constamment agité.

C'est pourquoi il est inutile d'essayer de méditer sur le sens ultime des phénomènes dès le début, alors que l'on n'est pas parvenu à calmer l'esprit. Dès que nous obtenons le calme mental, quel que soit l'objet sur lequel notre attention se porte, l'esprit n'étant plus distrait, nous pouvons l'examiner. A ce moment-là seulement nous sommes en mesure de pratiquer la contemplation de la nature des phénomènes tels qu'ils sont et non plus seulement tels qu'ils apparaissent. D'une certaine façon nous passons au-delà de la surface des apparences.  

Pour placer l'esprit dans l'attitude correcte, on utilise souvent un support. Par exemple la flamme d'une bougie, ou tout simplement un point dans l'espace sur lequel on pose son esprit que l'on s'efforce de maintenir sans tension, dans la contemplation. L'utilisation d'un support extérieur permet à l'esprit de se fixer, mais c'est l'esprit lui-même qui est contemplé...

Une bonne pratique s'établit lorsque l'on est capable de demeurer en contemplation sans réactiver le passé et sans anticiper sur le futur : on demeure sans espoir et sans crainte dans l'instant immédiat.

L'esprit est contamment parcouru de phénomènes mentaux. En général, ce sont des trains de pensées en relation avec ce qui vient de se passer immédiatement, ou avec ce qui s'est déroulé dans un passé plus lointain. Ou bien on se projette dans le futur avec crainte et espoir. Lorsque l'on considère le présent, ce qui arrive relativement rarement, on juge ce qui se déroule : c'est bien ou mal, comme ceci ou pas comme ceci, etc. On rajoute toujours quelque chose alors que ce qui est à développer est simplement la vigilance.

Une erreur assez répandue au niveau de la méditation du calme mental consiste à croire qu'il faut faire le vide dans l'esprit. C'est faux, une sorte de vide ressemblant au coma n'a rien à voir avec la méditation, car l'important est la vigilance, la conscience de plus en plus éveillée et claire d'être ici et maintenant.

Certaines personnes pensent méditer correctement en vidant leur esprit et en passant parfois deux à trois heures sans avoir conscience de rien. Ce n'est pas encore cela, car la méditation est le contraire d'une perte de conscience. Si l'esprit est parfaitement limpide, il ne connaît pas d'obstacle. Il n'offre aucune résistance aux phénomènes. Il n'est pas vide dans le sens de "rien du tout", car dans l'esprit s'élèvent constamment dés pensées. Le but de cette pratique est d'être simplement conscient sans rien ajouter, c'est-à-dire sans se laisser emporter par les trains de pensées.

Un autre danger guette le méditant, c'est l'acharnement à méditer. S'obstiner à obtenir une bonne méditation est l'inverse de ce que l'on veut produire, la méditation est au-delà de l'espoir et de la crainte. Voir les phénomènes mentaux apparaître et disparaître n'est pas le signe d'une mauvaise méditation, c'est au contraire ce que nous devons contempler en étant parfaitement présents. Si nous faisons autre chose, par exemple émettre des jugements, être satisfaits ou insatisfaits, ce n'est plus de la méditation. Nous n'essayons pas de freiner ou d'arrêter les phénomènes mentaux. Nous ne devons pas non plus entretenir ceux qui sont parfois séduisants et susceptibles de nous entraîner dans un train de pensées. Nous demeurons simplement là, présents ici et maintenant, l'esprit parfaitement lucide, clair, éveillé et sans tension. Nous éviterons de nous établir dans une sorte d'indifférence ou d'anesthésie de l'esprit, car le but est de reconnaître les phénomènes mentaux. 

Nous pouvons nous comporter vis-à-vis de l'esprit et des phénomènes comme face à l'océan. Si, bien présents, nous contemplons l'océan, nous observons avec détails et nuances des vagues s'élever et retomber, sans essayer de les retenir ou de les empêcher d'apparaître. Nous demeurons simplement présents. Ce que nous percevons au-delà des vagues, c'est l'océan. De même, quand nous contemplons l'esprit, nous n'essayons pas d'empêcher ou de retenir l'apparition des pensées ni d'autres phénomènes mentaux. Nous restons simplement en situation de témoins attentifs. Par nature, l'esprit est dépourvu d'obstruction et tout peut s'y manifester. D'innombrables phénomènes mentaux de nature très diverse se manifestent. Le but est de devenir capable de percevoir clairement leur apparition et leur disparition sans interférence ni saisie.  

Quand on médite, il est important de se débarrasser de l'anxiété, des angoisses et des tensions qui résultent de la crainte de ne pas pouvoir méditer correctement ou de la peur d'avoir beaucoup de phénomènes mentaux et de pensées. En effet cela est absolument contraire à l'esprit même de la méditation. Nous pratiquons la pacification mentale pour parvenir à un état de calme. C'est pourquoi nous devons éviter de rajouter des tensions en introduisant des espoirs et des craintes dans la méditation.

Nous établissons le corps dans une posture correcte. L'esprit , lui aussi, doit être établi dans la juste attitude, sans espoir et sans crainte. Et si nous observons beaucoup de pensées et d'émotions, cela ne fait rien. La seule chose qui compte est d'être présent et de contempler le spectacle sans attribuer de valeur quelconque au fait qu'il y a ou non beaucoup de pensées. Il ne s'agit pas de tomber dans un jeu de compétition avec nous-mêmes. L'attitude correcte est la présence limpide, claire et calme.

Le point principal à développer dans cette méditation est la vigilance, car si nous méditons avec un esprit distrait, la méditation s'apparente à de la distraction, et au lieu de méditer, nous entretenons la distraction. Lorsque nous méditons, nous devons être attentifs comme quand nous essayons de passer un fil dans le chas d'une aiguille : à la moindre distraction, le fil dévie et il devient impossible de l'introduire dans la fente.

Pour la pratique de la méditation, c'est la même chose. Il se peut que l'esprit soit encombré par de nombreux phénomènes mentaux, mais cela n'empêche pas la vigilance, nécessaire pour nous aider à prendre immédiatement conscience de l'apparition de ces phénomènes mentaux.  Inversement, s'il n'y a pas de phénomènes mentaux ou très peu, nous ne sombrons pas dans une sorte de stupeur, mais nous restons parfaitement conscients de l'absence de ces phénomènes grâce à la vigilance qui est la clef de la méditation.

L'esprit doit retrouver son calme originel et redevenir peu à peu immobile comme un lac calme. Pour y parvenir, il faut éviter d'entretenir l'agitation de l'esprit, car tant que les phénomènes mentaux sont trop nombreux, il est très difficile d'avoir une vision claire de la nature fondamentale de l'esprit et de développer les qualités permettant d'aller plus loin. 

Il est dit que l'attitude du méditant doit ressembler à 'impassibilité de l'aigle qui a pris son vol. Quand un aigle s'envole, il donne quelques battements d'ailes et plane ensuite dans le ciel sans bouger les ailes. De même, le méditant n'a pas à agir et doit laisser derrière lui les craintes, le désir de s'efforcer de calmer l'esprit à tout prix ou l'espoir que les choses se passent bien.

Une fois que nous commençons à méditer, l'idéal est de demeurer dans un état de non production, de parfaite contemplation, pure conscience et pure vigilance, qui ne retranche rien aux choses, tout comme l'aigle présent dans le ciel se laisse porter par les courants sans bouger les ailes, pas même une plume, tout en restant constament présent. L'esprit doit être libre d'espoir et de crainte comme le lion sans peur et sans crainte. Le lion est considéré comme le roi des animaux , il ne craint personne et marche sans hésitation, sans préoccupation. C'est ainsi que doit être l'esprit du méditant : sans préoccupation de savoir s'il médite bien ou non, si cela ira mieux demain ou non, car ces préoccupations n'ont rien à voir avec la méditation et peuvent au contraire empêcher le déroulement du processus. 

A quoi faut-il parvenir ? Que rechercher ? Nous cherchons à nous établir dans la non distraction de façon à ce que les phénomènes mentaux ne viennent pas détourner notre esprit de l'objet sur lequel il est fixé. Nous cherchons à obtenir le calme intérieur et un esprit parfaitement lisse sur lequel tous les phénomènes puissent se refléter sans distorsion. Nous cherchons une certaine impassibilité dans laquelle le méditant se laisse porter sans produire quoi que ce soit dans sa méditation. Nous cherchons à nous libérer des espoirs et des craintes qui ne pourraient être que trop productifs dans le processus méditatif. 

Qu'expérimentons-nous dans cette méditation ? Les expériences sont différentes pour chacun, selon le niveau et les particularités de l'esprit. Il y a cependant des caractéristiques qui se retrouvent chez tous. Quand nous commençons à méditer, l'esprit ressemble à un torrent de montagne extrêmement agité. Il semble que l'agitation s'accélère, que nous ne pourrons jamais la calmer et que plus nous méditons, plus les phénomènes mentaux s'élèvent. A tel point que nous en venons à penser qu'il vaut mieux cesser de méditer. Mais il n'en est rien. Cette impression résulte de la prise de conscience brutale de l'agitation et de la distraction que nous n'avions jamais remarquées auparavant. Si l'on tente d'arrêter les phénomènes mentaux ou de s'en détourner, les problèmes apparaissent. Laissez-les se manifester. Ils ne doivent pas vous troubler, car si vous persévérez dans la méditation, l'esprit se calme de lui-même. Peu à peu il prend l'aspect majestueux d'un fleuve de plaine qui, bien qu'encore en mouvement, coule dorénavant régulièrement et paisiblement. Et si nous continuons encore, l'esprit s'établit dans le calme fondamental, tel un immense lac tranquille.
 
Les phénomènes mentaux ne doivent pas être considérée comme des ennemis à abattre, comme des choses à contenir ou à bloquer. Ce n'est pas la bonne attitude. Au contraire, il faut les laisser apparaître sans se départir de la vigilance et sans se laisser emporter par eux ni s'engager dans leur jeu. Si nous allons dans ce sens, graduellement, au moment même de leur apparition, nous percevons leur essence.